Une rencontre avec René de Céglié

Premier élu à qui nous demandons de répondre à nos questions

Bonjour René. Tu es le premier élu à qui nous demandons de répondre à nos questions. Chacun y aura droit bien entendu ! Si nous avons choisi de commencer par toi c’est qu’il nous semble que tu fais partie des « élus-citoyens », au sens où tu te retrouves aujourd’hui élu d’une ville de plus de 150 000 habitants sans être passé par une adhésion à un parti. En ce sens tu sembles bien correspondre à la nature de la liste du RCGE, une liste où plus d’un tiers des élus sont directement issus de la société. Merci donc d’avoir accepté de répondre à nos questions qui visent à savoir ce que tu vis après deux ans de responsabilité.

Peux-tu nous dire en quelques mots qui es-tu ?

Je suis d’origine italienne. Ma famille est en France depuis 100 ans. Je suis le 5e et dernier enfant de la famille. Mon père était un gros bosseur. Un peu comme dans toutes les familles ritals, il avait cette valeur du travail. Mais je ne l’ai pas connu, il est décédé alors que j’avais à peine 9 mois et, là aussi comme dans beaucoup de familles italiennes, ce sont mes grandes sœurs qui se sont occupées de moi. Nous habitions dans les quartiers sud. J’ai grandi du côté de Beauvert et j’ai travaillé pendant 2 ans en usine comme OS, c’était l’usine Jay qui était connue à l’époque. Puis je suis parti faire du déplacement sur des chantiers en tant que monteur mécanicien.

Et la suite de ton parcours ?

En fait c’est déjà assez jeune que je me suis mis à fréquenter la maison pour tous. J’y ai fait mes débuts de citoyen-acteur. J’ai en effet participé à l’animation et suis, au bout d’un long moment, devenu administrateur. C’est comme ça que j’ai acquis le goût de l’action socio-culturelle. Par la suite,  j’ai suivi une formation de responsable de structure socio-éducative à l’institut Léo Lagrange et là j’ai mieux appréhendé ce qu’était l’éducation populaire.

D’où ta passion actuelle pour cette activité…

oui mais, dès l’âge de 25-26 ans j’étais aussi très sensible aux questions touchant à la nature et je désirais associer les deux : éducation et nature. J’ai alors eu la chance de pouvoir devenir directeur d’une association « Jeunes et Nature » pendant 8 ans. En 1988, la maison de Nature et de l’environnement de l’ Isère a été créée  et j’ai été embauché au poste de directeur . C’est le moment où je suis passé de l’éducation populaire à l’environnement. J’ai été le directeur de cette maison pendant 12 ans. Je n’ai pas pour autant renié mes premières amours et je suis parti dans la Drôme pour une expérience de directeur d’un jardin de Cocagne, une association d’insertion par l’activité économique. De retour à Grenoble, j’ai entrepris une formation de responsable d’entreprise de l’économie sociale et solidaire. Suite à cette formation j’ai intégré la Régie de quartier Villeneuve comme responsable du pôle développement durable et solidaire, poste que j’ai occupé pendant  7 ans.

Peut-on dire qu’avec ta responsabilité politique actuelle, élu de secteur en charge de questions des quartiers populaires, du développement durable et de l’insertion, la boucle est bouclée ?

D’une certaine manière dans cette  fonction d’élu, c’est un forme d’aboutissement dans mon parcours atypique, avec  mon CAP de mécanique  mes des postes à responsabilité  je suis  toujours resté un militant associatif… en fait depuis 1978 au moins !

Mon intérêt pour les questions liées à l’environnement, à l’éducation et à l’ESS m’a donné une grande sensibilité politique aux questions portées par la mouvance écolo ayant une forte sensibilité sociale. Mais je n’ai jamais été encarté dans un mouvement politique, même si je n’y étais pas insensible. Dans le milieu où je baignais, j’avais plutôt une fibre d’environnementaliste impliqué dans le monde associatif que celle d’un naturaliste ou d’un militant de l’écologie politique.

Ta présence dans la liste du RCGE n’est donc pas un choix suite à un événement mais plutôt l’aboutissement logique d’une vie ?

On peut dire ça, en juillet 2013, lors de mon départ en retraite j’ai très vite entendu parler de la démarche d’Eric Piolle. Cela m’a semblé intéressant car celle-ci  sortait  de la logique des tuyaux où chacun s’occupe de son domaine et s’y spécialise. J’ai rencontré ceux du Réseau citoyen et je me suis tout de suite dit « c’est ma place ». J’ai rencontré Eric Piolle plus tard et j’en ai eu la confirmation…  Cela dit j’étais en 25e place sur la liste et donc je n’imaginais absolument pas être élu. J’y vois surtout une expérience intéressante, une poursuite de mon vécu en conformité avec mes convictions. En tant que militant associatif, je me suis toujours intéressé à la politique mais jamais en y participant.

Bon et alors, deux ans plus tard ?

Tout d’abord j’habite toujours à la Villeneuve. Je reste toujours investi dans la vie associative, mais  dans un moindre mesure. Pour le reste, je ne connaissais pas grand-chose de  la vie politique, ni ses rouages, la machinerie, cet énorme paquebot qu’est la Ville avec tout un équipage, chacun à sa place, tous indispensables… Ce que je ressens d’abord, c’est une  inertie très forte, totalement différente de celle du  milieu associatif beaucoup plus réactif. Le changement de cap prend un temps fou et en plus nous le faisons en pleine tempête : une situation budgétaire difficile héritée de l’ancienne équipe qui est aggravée par la politique du gouvernement ! Le contexte complique « un peu l’affaire » mais on tient le cap. On sait où on veut aller, on a  globalement une vision sociétale et des convictions. C’est vraiment enrichissant pour le militant associatif que je suis d’avoir ce nouvel  horizon. Cela dit, je dois avouer que la première année a été déroutante. Que faire ? Comment le faire ? Où suis-je ? C’est quoi ma place ? Ces questions, je me les suis  posées tous les jours et cent fois par jour…

Maintenant après 2 ans et demi, je reste sensible à l’authenticité de mes collègues élus. On ne se connaissait pas ou peu avant et certes si chacun est perfectible, j’ai le sentiment d’être avec de « belles personnes ». Même après 2 ans et demi, il y a dans nos échanges, dans nos décisions de la sincérité, de l’honnêteté, Bien sûr, nous avons sans doute commis des erreurs,  mais je crois sans jamais tromper notre sincérité ou nos convictions.

Et ton expérience d’élu du secteur 4 ?

Ce qui me plaît, c’est bien sûr en rapport avec ma fibre humaniste, moi j’aime les gens, le contact, les échanges…même  si  au début ça a été difficile.

La 1ere réunion de quartier, 5 mois après les élections, on s’est fait huer! Et je me suis dit « je fais quoi là ? » D’emblée des gens ne nous aimaient pas… sans même nous connaître…..

Il faut du temps pour construire une relation de confiance. Je crois que je commence à y arriver même avec des personnes avec qui nous avons des désaccords… mais au moins ils savent  que je suis sincère. Moi je ne vais pas tenir un  discours politique, mon truc c’est la relation bienveillante  avec les gens. C’est mon registre, je crée du lien… Avec mon expérience de militant, celle  d’ouvrier d’usine, ou comme directeur d’association, avec en plus mes 64 ans révolus et bien j’apprends encore sur la nature humaine grâce à  ce mandat d’élu de secteur.

Et là vraiment même si c’est difficile, je ne regrette pas mon choix, ni mon investissement !

Mon secteur, c’est Esmonin, Flaubert,… donc beaucoup de campements avec les 3 problématiques les plus difficiles : les questions de migrations et notre relative impuissance en tant que ville, les trafics et la prostitution…

Elu de secteur c’est être au plus près des habitants du terrain, répondre aux problèmes de quotidienneté, propreté, sécurité, entre autres.

Ce qui est difficile pour moi, c’est que mon engagement d’élu de secteur laisse peu de place au créatif que je suis, celui qui durant une grande partie de sa vie a été un créateur d’évènements.

On n’a pas vraiment de budget, peu de services et donc pas de capacité à porter de grands événements. Cette possibilité est plus dévolue aux élus thématiques.

Alors, heureux ?

Sur mon secteur, j’ai toutefois des satisfactions : celle par exemple d’avoir accompagné un collectif associatif pour la création d’une foire sur l’économie sociale et solidaire, sujet auquel je suis sensible, des moments festifs avec les habitants où on parle de sujets sympas en oubliant  les soucis du quotidien, ceux du secteur.  Ensuite il y a l’éducation à l’environnement un autre sujet qui me touche  et sur lequel  je travaille avec Fabien Malbet, car nous partageons la conviction qu’il n’y aura pas de transition écologique s’il n’y a pas de transition « citoyenne ». C’est le rôle de l’éducation, les vrais changements  ne peuvent se faire sans une prise de  conscience dans la pensée et dans l’acte. C’est ce que dit Pierre RABHI dont je suis un des fidèles.

Pour moi c’est fondamental dans ce que je fais, on plante des graines, les graines du possible, modestement, avec les moyens qu’on a, individuellement et collectivement et là où on est.

Et tu as encore du temps pour toi ?

Depuis 2 ans et demi, je suis à fond dans mon mandat, je suis un passionné, et je me prends pas mal la tête, c’est un peu ma nature…

C’est d’ailleurs un problème pour toute l’équipe : nous donnons le maximum de nous-même, nous donnons beaucoup  et pourtant nous sommes dans une course de fond et il faut tenir sur la distance.

Il faut donc  ménager sa monture, prendre soin de son entourage, de ses proches, de ses amis  mais également de soi.

Merci René et bonne route à toi et tout l’équipage !

L’émergence du citoyen acteur

Après les consultations sur les budgets participatifs et le stationnement.

Une très grande satisfaction ! Notre projet est celui de rendre la parole au citoyen et la semaine passée c’est plus de 7000 grenoblois qui se sont exprimés. Depuis l’arrivée de nos élus en 2014 plusieurs dispositifs ont été mis en place : Cci, budgets participatifs, initiative pétitionnaire, … Ils ont tous le même objectif : permettre l’émergence du citoyen-acteur sans lequel la défiance vis-à-vis du monde politique ne pourra être dépassée et les défis qui se posent à notre avenir sur la planète ne pourront être relevés.

7 fois plus de grenoblois se sont donc exprimés cette année ! Nous voyons à l’œuvre l’implication de nombreux habitants qui ont pris conscience que changer la vie se fait aussi au quotidien par de petites réalisations. Il s’agit surtout de l’appropriation par les citoyens de la recherche de solutions concrètes aux problèmes qui se posent dans leur vie quotidienne. Nous souhaitons bien entendu que cette dynamique se poursuive et que l’an prochain encore plus de grenoblois y participeront tant dans la proposition de projets que dans le vote.

La consultation sur le stationnement a aussi vu de son côté une forte participation et ces deux initiatives concomitantes ont certainement favorisées la forte participation. Ce nouveau dispositif, que seule notre ville propose, a répondu au besoin des Grenoblois de pouvoir s’exprimer. Si la barre des 20 000 n’a pas été atteinte, il n’en demeure pas moins que nos élus doivent répondre à cette expression. En ce sens la mise en place d’un groupe de travail pour construire un diagnostic partagé avec l’ensemble des acteurs est la bonne réponse. A partir des chiffres et non des logiques théoriques, nous allons pouvoir progresser dans la connaissance de la réalité des uns et des autres et ainsi chercher les meilleures solutions. Déjà les premières statistiques du mois de septembre nous indiquent que pour 40% de résidents le tarif a baissé et que pour environ 10% il n’a pas bougé. La tarification solidaire a donc du sens !

Ces nouveaux dispositifs de participation citoyenne à la décision demandent à être améliorés, amplifiés, et … encore expliqués. Il faudra notamment prévoir encore plus de lieu de vote et faire appel à du bénévolat pour tenir les urnes et le dépouillement afin d’alléger les personnels municipaux. Au-delà de l’organisation, la question du seuil des 20 000 a été très critiquée. Il s’agit en effet d’une question politique de très grande importance : le chiffre de 20 000 n’est pas sorti par hasard. Il s’agit du nombre de suffrages recueillis par la majorité lors des élections de 2014 et qui donne à cette majorité une légitimité pour mettre en œuvre son programme mais aussi pour prendre des décisions. Le problème auquel nous avons à faire face du fait de la mise en œuvre de nos nouveaux dispositifs démocratiques est que des logiques et des légitimités différentes peuvent s’opposer. Ainsi serait-il logique, démocratiquement acceptable que 4 000 votants lors d’une consultation imposent leur volonté à toute une ville ? Le débat est ouvert mais pour nous il s’agit là de la manière dont on organise désormais la coexistence de deux légitimités : celle issue du processus de la démocratie représentative lors de l’élection municipale et celle d’une démocratie plus directe lors d’une consultation de la population sur un sujet donné… Au nom de quel principe cette dernière devrait s’imposer à la première ? La référence des 20 000 n’est donc en rien arbitraire. Elle s’inscrit dans une certaine logique politique qui mérite sans aucun doute davantage de débats argumentés que ne le font ceux qui contestent notre dispositif… D’autant plus que le corps électoral pour la votation citoyenne (tout habitant de plus de 16 ans, soit 130 000 personnes) est beaucoup plus large que les seuls inscrits sur les listes électorales (85 000). Ainsi 20 000 votants ne représentent que 15% de la population… on le voit exprimé de cette manière la barre des 20 000 n’est pas si élevée !